Que faire face à une actu qui nous paralyse ?
Face à l’accélération du réchauffement climatique, nos villes se transforment en îlots de chaleur où la canicule devient difficilement supportable. Parallèlement, la bétonisation galopante entraîne une perte de biodiversité alarmante, appauvrissant nos écosystèmes urbains et coupant le lien vital avec la nature. Dans ce contexte, le besoin d’espaces verts n’est plus un simple luxe, mais une nécessité urgente pour rafraîchir l’air et accueillir le vivant.
Pourtant, face à l’ampleur de ces défis urbains, il est facile de se sentir impuissant. Beaucoup ressentent alors de l’angoisse ou de la culpabilité, partagés entre le constat des dégâts et la difficulté d’agir à leur échelle. Il est essentiel de se rappeler que la solution peut germer ici même, dans nos rues et nos quartiers : nous avons le pouvoir de réintroduire la nature en ville.
Chez Toekrea Games, nous créons des espaces de bien-être dédiés à la transformation de cette éco-anxiété en actions réfléchies. Loin de vouloir simplement apaiser les consciences, nous invitons à composer avec le chagrin climatique tout en retrouvant la joie d’agir au quotidien.
C’est dans cet esprit qu’a été conçu le parcours ludo-pédagogique « Un potager dans ma ville ». Bien plus qu’un outil de simulation, il se veut une invitation douce à convertir l’impuissance en gestes concrets. Notre objectif est de permettre à chacun.e de se réapproprier son mode d’alimentation, en cultivant des potagers urbains, tout en prenant soin de ses éco-émotions.
Découvrir les alternatives : cartographier le positif
Parce que l’environnement n’est pas un sujet abstrait ou lointain, notre parcours ludo-pédagogique intègre un temps dédié à la découverte du territoire. Nous invitons les participant.e.s à cartographier les alternatives déjà existantes dans leur quartier. Potagers collectifs, cultures sur les toits,… autant de preuves tangibles qu’il existe plusieurs manières d’agir, adaptées à chaque réalité locale.
En rendant visibles ces initiatives, nous permettons à chacun.e de saisir les opportunités qui résonnent avec ses envies et son rythme. C’est une façon de nourrir un sentiment d’appartenance et de communauté : nous ne sommes pas isolés face aux défis, nous faisons partie d’un écosystème d’acteurs qui inventent, dès maintenant, des façons de faire autrement.
Le jeu, un espace d’apprentissage sans conséquences
L’une des caractéristiques d’un jeu est qu’il se veut sans conséquences dans le réel. Il permet d’oser librement, de faire des erreurs et de réessayer. Cet espace protégé est fondamental pour redonner confiance, particulièrement aux jeunes et aux adolescent.e.s qui construisent leur avenir. En expérimentant sans jugement, iels prennent conscience qu’iels ont la capacité d’agir et que leurs choix ont du sens.
Ainsi, en dédramatisant l’action, le jeu agit comme un déclic. Rassuré.e.s et se sentant plus compétent.e.s, les participant.e.s osent franchir le pas, collectivement, pour ancrer le jeu dans la réalité du sol.


Une démarche qui nous apprend à « faire avec »
Créer un jardin partagé nous enseigne une leçon fondamentale : tout projet durable naît de la composition entre la nature, soi et les autres. Cette démarche mobilise autant nos mains que notre intelligence émotionnelle et sensorielle.
La résilience dont fait preuve le végétal face aux épreuves devient alors un miroir puissant de notre propre capacité à nous réparer et à persévérer.
Une bulle temporelle contre l’éco-anxiété
L’un des bienfaits les plus tangibles de notre animation est la création d’une « bulle de temps suspendu ». Dans un monde régi par l’immédiateté et les mauvaises nouvelles, le potager, dans le jeu puis dans le réel, impose un autre rythme : celui, lent et rassurant, de la croissance.
Se connecter au vivant, c’est accepter de ralentir et de s’ancrer dans le moment présent. Cette connexion régulière à la nature contribue activement à réguler l’éco-anxiété. Cela permet de transformer un sentiment d’impuissance face au global en une satisfaction tangible face au local. On ne subit plus, on prend soin d’une vie qui dépend de nous, ici et maintenant. C’est cette responsabilité partagée qui redonne le pouvoir d’agir et apaise les esprits.
La vulnérabilité comme ciment social
Pourquoi un jeu sur le potager crée-t-il du lien ? Parce qu’il met en scène une vulnérabilité commune. En découvrant que la plante est fragile, qu’elle a soif, qu’elle a besoin de protection, les participant.e.s développent instinctivement un réflexe de soin.
Ce soin ne s’adresse pas qu’à la plante : il se répercute sur le groupe. Autour du jeu comme autour des futures parcelles cultivées, les hiérarchies s’effacent. Voisin.e.s, élèves, enseignant.e.s ou parents deviennent complices du même objectif. On s’échange des conseils, on s’émerveille d’une fleur. Ces micro-interactions tissent une toile de confiance solide. Le jardin devient alors un tiers-lieu où l’on se sent utile, où l’on retrouve une identité valorisante et où l’isolement se dissout dans l’action collective.
En bref, notre projet développe :
- L’ensemencement par le jeu : on apprend, on expérimente, on rit ensemble sans risques.
- La germination par l’action : on transforme l’envie en gestes concrets pour installer des potagers dans l’espace public.
- L’éclosion du lien : on profite de cette bulle de bien-être pour renforcer le tissu social et apaiser les angoisses individuelles.

Plus qu’un projet de végétalisation, notre initiative est un projet de « régénération humaine ». Nous ne cherchons pas à verdir les villes, mais à cultiver des communautés résilientes, capables de trouver dans le soin du vivant les ressources pour mieux vivre ensemble.
Cette démarche s’appuie sur les enseignements croisés de plusieurs recherches et retours d’expérience récents :
Alarcon, M., & Marty, P. (2024). Du loisir à l’apprentissage de la vulnérabilité de la nature : jardiner en ville pour renouveler les relations aux vivants, à Malmö (Suède). Développement Durable et Territoires, Vol. 15, n°1. https://doi.org/10.4000/120ci
Brougère, G. (2019). Jouer et apprendre. XXIVe congrès de la Fnarem, “ Jouer, rejouer, déjouer, enjouer. Le jeu au cœur de l’aide rééducative/relationnelle à l’école ”, FNAREM, hal-03585076.
Freeman, S., Banner, D., Labron, M., Betkus, G., Wood, T., Branco, E., & Skinner, K. (2022). « Je vois de la beauté, je vois de l’art, je vois de l’intention, je vois de l’amour. » Résultats d’un programme de jardinage de conception collaborative à l’intention des résidents d’un établissement de soins de longue durée. Promotion de la Santé et Prévention des Maladies Chroniques Au Canada, 42(7), 325‑339. https://doi.org/10.24095/hpcdp.42.7.03f
Jacquelin, I., Alaguillaume, S., Rollandin, S., Senez, A., & Lebert, J. (2024). Chroniques du jardin du 3 bis f : Faire avec, prendre soin, un jardin d’art & ; d’essai. Pratiques En Santé Mentale, 70e année(3), 33‑39. https://doi.org/10.3917/psm.243.0033
Loiseau, F. (2025). Fiche de capitalisation, ateliers collectifs pour comprendre et agir sur la santé mentale. Capitalisation Santé. ESPRist-ULiège. https://www.capitalisationsante.fr/wp-content/uploads/2025/08/Therra-Capitalisation-ateliers-sante-mentale-1.pdf
Mouton, B., Van Petegem, S., & DeSmet, A. (2025). Eco-Emois : Etude exploratoire sur l’éco-anxiété chez l’enfant et l’adolescent en Belgique francophone.
Bruxelles : Fonds Houtman (ONE).
Pitt, H. (2017). Questioning care cultivated through connecting with more-than-human communities. Social & Cultural Geography, 19(2), 253‑274. https://doi.org/10.1080/14649365.2016.1275753
Schmerber, C. (2026). 96. Eco-anxiété : aidere son enfant sans l’inquiété. L’écol
des Parents – Parenthème.